Malgaches nous sommes indépendants, il nous faut agir maintenant !

Ce 26 juin 2016 Madagascar a fêté ses 56 ans d’Indépendance.

Oui, Madagascar est indépendant, même si à l’approche de cette date, on entend souvent le même refrain : « non, nous ne sommes pas indépendants, nous sommes encore sous le joug des puissances étrangères, nous ne sommes pas libres… » . L’indépendance nous a été donnée en 1960, mais force est de constater que nous, les Malgaches, avons fait si peu pour elle, pour cette indépendance. On croit un peu trop aux miracles et aux sauveurs providentiels, sans penser que nous, le peuple malgache avons aussi une part de responsabilité dans la situation. Je vais prendre juste 3 situations pour illustrer cette idée.

  • On se plaint souvent de nos dirigeants, que ce sont toujours les mêmes qui sont là, mais quand arrivent les jours d’élection, on ne fait pas le déplacement pour aller voter, ou, enchantés par les belles promesses, on remet au pouvoir celui qu’on a démis quelques années plus tôt. Notre mémoire de poisson rouge nous joue des tours.
  • On se plaint de la corruption qui sévit en haut lieu, alors que nous-mêmes, on ne rechigne pas à laisser un petit « pourboire » ou « écolage » pour avoir plus vite ce permis, pour réussir ce concours administratif ou tout simplement parce qu’on se dit ce n’est pas pire que ce qui se passe ailleurs. Nous n’osons pas refuser d’alimenter ce cercle vicieux parce que « cela facilite la vie et c’est mieux ainsi ».
  • On dénonce le train de vie des dirigeants et l’indécence de leurs dépenses mais on n’hésite pas à se moquer de celui qui a du pouvoir et qui reste dans la modestie et l’humilité. On dit souvent « mais il est fou celui-là, avec son poste de directeur-responsable-superresponsable, il circule encore avec son ancienne voiture », « elle vient vraiment de la campagne hein, avec tout le personnel qu’elle peut avoir à sa disposition, elle fais encore ses courses au marché du coin ».

« Ne demandez pas ce que votre pays peut faire pour vous mais ce que vous pouvez faire pour votre pays » exhortait John Fitzerald Kennedy lors de son discours d’investiture en janvier 1961. Ce passage est souvent cité, ressorti et adopté comme leitmotiv. Vu l’ampleur du travail à faire pour sortir Madagascar de son état actuel, l’on peut être découragé et renoncer ou fuir, c’est à ce moment qu’il faudrait se souvenir d’un autre extrait de ce même discours « nous n’accomplirons pas tout cela dans les cent premiers jours, ni sous ce gouvernement, ni même peut-être au cours de notre existence sur cette planète. Mais nous pouvons commencer ». Ainsi, tout espoir n’est pas perdu, et il faut bien commencer quelque part. Retroussons nos manches et travaillons, chacun à notre niveau, sans suivre les mauvais exemples de nos dirigeants, sans avoir peur du « qu’on dira t’on? » pour notre pays bien aimé. Et dernière chose, arrêtons de rendre les autres, surtout les autres pays, responsables de ce qui nous arrive. Car eux, ils ne font que défendre leurs intérêts commerciaux et penser à leur stratégie diplomatique, c’est ce que chacun est sensé faire : travailler pour son pays et au bénéfice de celui-ci. C’est de notre « faute » et de la responsabilité de nos seuls dirigeants si les négociations et accords commerciaux aboutissent souvent à ce que l’on soit lésé et qu’aucune retombée des grands projets n’arrive jusqu’au peuple.

Arrêtons de nous lamenter sur notre sort et de nous plaindre et faisons quelque chose, agissons! On se sentira plus indépendant et réellement plus libre!

Dernière minute : en début de soirée, on a entendu qu’une explosion aurait eu lieu lors d’un concert sensé clore les festivités liées à la célébration de cet anniversaire de notre indépendance. Il y aurait eu des morts et plusieurs décès. En attendant de plus amples informations, on ne peut que déplorer et condamner cet acte lâche … comment peut t’on sacrifier des vies humaines innocentes, celles de compatriotes pour satisfaire des buts inavoués (bassement politiques?). Avant, les crises et les problèmes politiques ou autres se réglaient et évoluaient à coup de déclarations, interviews et sit-in, grèves…de plus en plus ces derniers temps, la violence monte d’un cran, entre les attentats, les explosions et les exécutions, on perd de plus en plus cette notion de sacralité de la vie : « tokana ny aina » , qui pourtant nous tenait à coeur.

Quand c’est bon… c’est malgache !

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Nous sommes un peuple qui connaissons très peu, ou seulement dans ses grandes lignes, son histoire. On semble errer ici et là, comme un peuple sans référence ni repère. Ce manque de repère historique semble nous pousser à nous raccrocher à tout ce qui, de près ou de loin, peut expliquer nos origines ou constituer un élément de notre histoire actuelle ou passée.

Je voulais parler ici de cette tendance qu’on a à vouloir à tout prix trouver des origines malgaches ou à bombarder de « malgache » toutes ces personnes qui ont réussi et qui ont un nom ou un prénom à connotation malgache, ou d’autres qui ont réussi et qui ont une ressemblance physique plus ou moins vague à un malgache (comme si le visage du malgache était unique).

La dernière expression en date est de dire que le regretté, le grand boxeur, Mohamed Ali avait des origines malgaches. Ces arrières grands-parents seraient malgaches. L’hypothèse, je ne l’ai pas explorée, est fort probable vu que, selon plusieurs documents, la traite d’esclave vers les États-Unis est aussi passée par Madagascar. Néanmoins, le fait que de son vivant, le boxeur soit allé plusieurs fois en Afrique (en 1964 au Ghana, Nigeria et en Egypte mais aussi à Kinshasa pour le « Combat du siècle » en 1974) et pas une seule fois à Madagascar me fait douter, surtout que ce serait sa tante qui aurait déclaré cette origine malgache. Elle n’aurait donc pas aiguillé son neveu de suite vers Madagascar ?!

Pendant la Coupe du monde de 1998, c’était Thierry Henry, le footballeur français qui était considéré comme un malgache. Il aurait été un « jumeau de Mananjary« . Mananjary est une ville du Sud Est de Madagascar. Dans cette partie de l’Île, il est tabou d’avoir des jumeaux. Ceux-ci sont considérés comme ayant des pouvoirs tels qu’ils ne peuvent qu’attirer le malheur pour la famille et leurs parents. Quand c’est le cas, on doit les séparer pour briser ce pouvoir. Ainsi, Thierry Henry serait né jumeaux et aurait été mis à l’adoption à cause de cette croyance.

Il est indéniable que d’autres personnalités ont des origines malgaches. Il n’y a qu’à prendre l’exemple d’Andy Razaf, connu comme compositeur, poète américain, et jazz-man. Selon Wikipédia, il serait le petit neveu de la Reine Ranavalona III : sa mère a fui le pays quand les Français sont venus en 1896. Ils s’étaient donc réfugiés aux Etats-Unis.

Il y a plusieurs autres exemples, mais le problème se pose quand la personne a juste hérité du nom de son père mais ne se sent nullement malgache, n’y a jamais mis les pieds et n’a jamais revendiqué son appartenance à Madagascar. Mais le réflexe est tel que dès qu’il y en a qui trouve un « RA » ou un « Andr » dans un nom, on décrète que c’est un malgache. Or, comme on sait, le nom des malgaches ne commence pas toujours forcément par Ra ou Andr… C’est le cas souvent lors des compétitions internationales. Ainsi, par exemple, lorsqu’en 2014, une athlète de l’équipe nationale française a gagné la Coupe d’Europe avec le relais français au 4 x 400, une partie des malgaches étaient fiers juste parce qu’elle portait un nom malgache. C’était aussi le cas pour cette jeune joueuse de tennis qui a participé aux matchs qualificatifs de Roland-Garros en 2015 ainsi que cette année.

A contrario, certaines communautés ayant vécu depuis plusieurs décennies voire presque un demi-siècle à Madagascar n’ont jamais été considérées comme des malgaches. Bien que toute la famille soit de Madagascar, ils n’ont jamais été considérés comme malgaches. Du coup, lorsque Forbes Africa a sorti sa liste de riches entrepreneurs, il n’y a pas tellement eu cette fierté, et certains ont même sorti des remarques comme « ce sont des karana mais pas des malgaches ». Il en est de même lorsque les Panama Papers sont sortis. Sur la liste des personnes prises dans ce dossier, il y avait une personne avec un nom bien malgache. Curieusement, personne n’a rien dit ni ne s’est vanté dans l’histoire. En revanche, plusieurs autres noms ont provoqué un tollé… puisqu’on vous dit que ce sont les karana qui sont à l’origine de nos maux!

Pour en finir avec ces « problèmes d’identité », je pense qu’en amont, les historiens malgaches devraient s’employer à travailler sur notre histoire et nos origines en se basant sur des faits scientifiques. Je dis ça, parce qu’en ce moment, la nouvelle lubie de certains malgaches est de revendiquer des origines juives à notre peuple. Et qu’en aval, on devrait enseigner cette histoire, dans tous ses détails, à nos compatriotes, grands comme petits.

Tout le monde devrait savoir les liens historiques et géographiques qui nous lient à l’Afrique et à l’Asie, les traites d’esclaves à l’intérieur du pays comme à l’extérieur, les puissances des différents royaumes de Madagascar, les différents pays dans lesquels Madagascar avait ses premières ambassades au temps du Royaume Merina, pourquoi les communautés indo-pakistanaises et chinoises sont venus s’établir à Madagascar…

Comme le disait Marcus Garvey, « un peuple qui ne connaît pas son passé, ses origines et sa culture ressemble à un arbre sans racines ».