C’était un sportif malgache, honorez-le!*

*(le titre est librement adapté d’une réplique tirée du film Gladiator … « C’était un soldat de Rome…honorez-le »)

Madagascar a perdu l’un de ses meilleurs sportifs, l’un de ceux qui ont eu l’honneur de défendre les couleurs nationales malgaches à l’extérieur. Jean-Louis Ravelomanantsoa est le seul malgache valide qui ait jamais atteint une finale olympique. C’était en 1968 à Mexico lors de la finale du 100m en athlétisme. Il nous raconte dans un très beau texte du site Bibliothèque malgache comment il  a vécu de l’intérieur cet « épisode » de sa vie, cette grande page du sport malgache.

« (…) Pendant cette attente, j’ai cru ne pas être qualifié. Mais je savais avoir fait de mon mieux. Et, quand mon nom s’affiche sur le tableau, à la quatrième ligne, il y a un mélange de soulagement et de bonheur. Qu’on ne peut pas vraiment goûter, puisqu’il y a la finale immédiatement après, ou presque, et qu’il faut s’y préparer. L’inquiétude – le mot est faible – éprouvée avant de savoir que j’étais qualifié pour la finale n’est évidemment pas la meilleure préparation psychologique en vue de cette ultime course. Mais il y a aussi un sentiment de libération. Puisque le devoir a été accompli jusqu’au bout – cette qualification pour la finale –, il n’y a ensuite plus rien à perdre. Ce qui compense les moments difficiles. J’espérais être finaliste olympique, mais je ne croyais pas que cela pouvait se réaliser, compte tenu du niveau très dense. » (un extrait, vous pouvez lire le texte en entier ici)

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Lors de la demi-finale, avant cette fameuse course, Jean-Louis Ravelomanantsoa va établir un record pour Madagascar à 10’18 » (qui n’a pas encore été battu actuellement… pour dire l’exploit!). Je n’étais pas née lors de cet exploit et ce n’est que bien plus tard que j’ai su que l’on a déjà réussi à se hisser lors de l’ultime course lors des olympiades.

Et donc voilà un malgache, un sportif de haut niveau, dont on n’a pratiquement pas parlé… mais une fois parti pour l’autre monde, tout le monde pense le connaître et pleurer un grand athlète. Même lors des derniers jeux de Rio, aucune mention n’a été faite de lui, du moins pas comme ce que les commentateurs sportifs des autres pays font avec leurs propres athlètes… (à chaque Mondial, on entend les commentateurs et les médias français reparler de la victoire de 98, à chaque tournoi de Roland Garros, de la victoire d’Yannick Noah en 1983…Etc…). Nul n’est prophète dans son pays peut être, dans tous les cas l’Australie a consacré des timbres à l’effigie de notre athlète malgache. Les américains l’ont pris sous leurs ailes à la suite des JO de Mexico…

Et nous, qu’avons-nous fait pour lui ? Qu’avons-nous fait pour tous les sportifs qui défendent Madagascar dans les compétitions régionales, continentales, internationales ?

 

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Le sport n’a jamais été un sujet qui a intéressé les autorités malgaches. Pour évoluer et continuer à pratiquer à un bon niveau, les sportifs ne doivent souvent compter que sur les parents, la famille, les proches, les bourses olympiques….Du côté des autorités, il est meilleur de donner quelque chose après « l’exploit », quand il y en a, ou juste avant les compétitions. On annonce souvent ces cérémonies de « tso-drano » (bénédictions) des autorités avant le départ des sportifs. Comme si ces « goûters et argent de poche » pouvaient pallier le manque d’entraînement et de structures de perfectionnement. Les athlètes du monde entier se préparent bien en amont dans des centres sportifs avec l’aide de l’État, suivant une politique nationale bien établie. Les athlètes malgaches se contentent de solutions « tip-top », souvent ce sont les sacrifices, investissements et volontés des parents, familles et proches qui font avancer le sport malgache. Ce qui est dommage. Le sport ne constitue pas un levier direct de développement, il est pourtant nécessaire pour un pays. Qui a imaginé un jour qu’on parlerait de la Jamaïque non seulement en évoquant Bob Marley mais aussi l’athlétisme ? (merci Usain Bolt, Asafa Powell et tous les autres…) ; que la Côte d’Ivoire aurait un champion olympique en Taekwondo? Avant de suivre le rugby, je ne pensais aux îles du Pacifique qu’en termes de plage de sable fin, de mer d’un bleu azur…

Pour éviter le déluge de RIP sur les réseaux sociaux, les déclarations purement politiques et les décorations post-mortem… remercions de leur vivant toutes ces sportives et tous ces sportifs malgaches qui nous ont fait vibrer durant des minutes, des sets, des matchs et des tournois… remercions les de nous procurer ces quelques secondes de joie quand la délégation malgache défile avec le drapeau national lors des cérémonies d’ouverture des Jeux olympiques… honorons les!

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Je pense ici pêle-mêle (et sans que ce soit une liste exhaustive…parce qu’au final la liste peut être longue!!) à Zoto, aux Randriantefy en tennis, à Tojohanitra, aux Ratsifandrihamanana, aux Rajesy et Ramanisa et toutes les autres fratries de la natation malgache, à Nicole Ramalalanirina, à Rosa Rakotozafy, à Hanitra Rakotondrainibe, à Lalao Robine, à Rabenala Toussaint, à Revelinot Raherinandrasana (le premier athlète malgache à atteindre une finale lors des jeux paralympiques de Rio 2016) en athlétisme, à Naina Cécilia en judo,  à Anicet Rasoanaivo en boxe…mais aussi à ces relèves, à ces jeunes sportifs qui chaque jour s’entraînent avec peu de moyens mais dont on attend beaucoup…

MERCI pour vos sacrifices, MERCI pour vos performances, MERCI de nous rendre fiers de voir notre drapeau flotter dans ces compétitions internationales, continentales, universitaires, régionales…

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Ianjatiana
De Madagascar, d'ici et d'ailleurs. La lecture et l'écriture me passionnent, tout autant que la photographie et le cinéma. Je suis une éternelle curieuse.

5 réflexions au sujet de « C’était un sportif malgache, honorez-le!* »

  1. nadya dit :

    Mais au point où on en est, il faudrait peut-être arrêter avec les grandes compétitions internationales et se focaliser sur la performance de chaque athlète, faire des stages internationaux parcontre, puis, se donner rendez-vous dans environ 8 ans pour reconquérir le milieu sportif international. Là, on est en train de jeter l’argent par les fenêtres. genre, aux J.O de Rio, on a une délégation de 20 personnes dont 6 athlètes!!!

    • 😀 c’est vrai qu’il faudrait qu’on se pose et qu’on se demande quel chemin on voudrait que le sport malgache prenne. Il faut que les dirigeants en aient conscience! en ce qui concerne les participations à certaines compétitions olympiques, parmi les athlètes qui sont partis au J.O, il y en a qui ont été invités par la CIO et dont les frais ont été payé par celle-ci. C’est plutôt au niveau des accompagnateurs qu’il aura fallu imposer des limites!
      merci pour la réflexion!

  2. Anonyme dit :

    J’ai oublie mon Francais a la maison, alors, je m’excuses d’avance de m’exprimer en Anglais.

    I do agree with Fafa in limiting the numbers of those « non-athletes delegation. » The question is, « is this a mentality issue or policy issue or a little bit of both. » I also see Nadya’s point on finding ways of improving personal performance through international training & meets. Perhaps, sports in Madagascar may benefit from a comprehensive and objective review conducted by an independent entity. That entity would issue its research findings with practical recommendations to be implemented. I am just thinking out-loud here.

  3. En tout cas, cette publication honore ce grand athlète.

    Ah le sport malagasy, sacré problème de priorité et de planification! Il suffit d’une bonne volonté, c’est cette volonté qui n’existe pas encore.

    Quand l’économie dégringole, tous les autres domaines aussi

  4. Bonjour,

    J’avoue que sur le côté individuel, les athlètes malgaches méritent d’être félicité pour défendre l’honneur de son pays. Du côté collectif, le mieux est que je la ferme. Pour Madagascar, je parle seulement ici du côté sportif, il y a encore du chemin à faire surtout le foot-ball.

    A plus !

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