Blogueuse sur Mondoblog, et alors ? #MondoChallenge

Depuis que je suis sur Mondoblog, je me sens moins seule…

Moins seule dans mon désir d’écriture et dans mon amour des mots.

Quand on prend la décision de tenir un blog, c’est souvent parce qu’on a ce plaisir d’écrire, de lire et d’avoir des retours de lecteurs qui ne se trouvent pas forcément dans le même pays que nous, ni même sous les mêmes tropiques. Mais ce plaisir est souvent solitaire. On couche nos mots, on lance l’article dans l’océan de la Toile et on attend le(s) commentaire(s) d’éventuels lecteurs. On peut même parfois se demander si c’est bien raisonnable de lancer nos pensées, nos mots comme cela, sans balise, à vue…

En ayant intégré Mondoblog, je me suis sentie moins seule. J’ai trouvé mes compères dans ce vaste monde du blogging. J’ai appris à lire leurs articles, à découvrir leurs différents styles d’écriture mais aussi à sentir cet amour des mots qui anime chacun(e) des mondoblogueurs(euses). J’ai constaté par la suite, en voyant ces blogueurs qui publiaient romans et recueils de poèmes, qu’on pouvait même coucher sur papier, dans un livre, ces mots. Ajouté à tout cela, le fait de les connaître un peu plus qu’à travers les blogs, grâce notamment à la formation Mondoblog à Tanà, est un délice. Comme lorsqu’on intègre un groupe secret au lycée.

Depuis que je suis sur Mondoblog, je me sens moins unique…

Moins unique dans mes préoccupations et problèmes, moins exceptionnelle dans mes réalisations.

Quand on commence à lire et à s’abonner aux articles des uns et des autres, on se rend compte que l’on a à peu près toutes et tous les mêmes préoccupations et les mêmes problèmes. Les histoires et déceptions amoureuses, les attentes et les espoirs. Que l’on soit à Tana, à Montpellier, à Dakar ou ailleurs, nous avons toutes et tous les mêmes questions et attendons les mêmes réponses. Au niveau politique, on remarque qu’on a toutes et tous cette petite flamme : celle qui nous pousse à être acteur du changement (du moins virtuellement).

Si je n’avais pas eu un blog, j’aurai sûrement pris une machine à écrire – Pixabay

Depuis que je suis sur Mondoblog, je me pose de sérieuses questions sur ce que je fais et sur l’impact réel que j’ai sur la vie des autres… sur le monde (oui oui). Il y a une telle diversité de talents, de projets que l’on se remet constamment en question et que l’on est dans l’admiration sans pour autant sombrer dans l’envie ni la jalousie.

Pour conclure, depuis que je suis sur Mondoblog, je vis une aventure que je n’aurai jamais pu vivre autrement. Je rencontre des jeunes du monde entier avec qui je suis souvent en contact. Je vis pleinement la mondialisation.

Mais même si je suis sur Mondoblog, je n’ai pas changé pour autant.

J’ai du mal quand on corrige mes articles et quand on change mes mots. Je n’ai pas toujours saisi le moyen le plus efficace de tourner les feux rouges en feux verts dans l’analyse SEO. J’ai toujours un pincement quand mon article n’est pas à la une. J’ai depuis longtemps le projet de rafraîchir le blog et de lui donner un nouveau souffle, mais cela n’arrive jamais. Et même sur Mondoblog, je me pose toujours des questions existentielles sur ma qualité d’écriture quand mes articles ne sont ni partagés ni commentés.

Cet article a été publié dans le cadre du #Mondochallenge du moment sur le sujet « Depuis que je suis sur Mondoblog… », vous pouvez apprécier ceux des deux autres mondoblogueuses qui ont accepté de relever le challenge :

Ce matin-là, dans la Ville-Lumière…

Elle posa une journée de congés… «Tu as bien raison», lui disaient ses collègues, «cela te fera une bonne coupure à côté de cette montagne de travail.» Mais ils ne savaient rien. Ils ne pouvaient imaginer l’Himalaya qu’elle devait affronter, année après année à la même période, quand les matins étaient frais et sombres.
Elle prépara ses affaires la veille, se coucha encore plus tôt que d’habitude parce que, d’après les infos, cela empirait : arriver tôt, c’est-à-dire avant 7h, ne suffisait plus. Elle refusa pourtant d’y passer la nuit. Après tout, elle s’acquittait avec devoir de tous ses impôts et toutes les taxes et cotisations sociales étaient prélevées sur son salaire, comme pour tout le monde.
Quelques heures seulement après avoir fermé les yeux, elle les rouvrit. Elle se prépara rapidement parce que les places étaient rares et chères. Elle ne prit pas de petit-déjeuner consistant : ce n’était pas un matin comme les autres. Il fallait prendre toutes les précautions et éviter de se mettre dans une position inconfortable.

Elle sortit dans la rue et trouva cette ville, si bruyante et vivante le jour, endormie et vide en cette fin de nuit. Cela lui aurait paru magique en temps normal, mais ce n’était pas un jour comme les autres. Seules les personnes concernées sortaient à cette heure du jour pour aller là où elle allait. À cette heure-ci, les transports en commun de jour ne circulaient pas encore et ceux de la nuit finissaient leur travail. Elle fit donc le trajet à pied parce que malgré tout, il fallait arriver tôt.

Elle vit pointer de loin le bâtiment et espéra secrètement que ces échos dans la presse n’étaient que des rumeurs ou que les autres n’avaient pas eu le courage de se lever aussi tôt. Espoir aussitôt envolé quand elle commença à distinguer des silhouettes debout, assises, seules, en groupe, toutes devant ces portes fermées. On distingua des gens qui dormaient par terre, dans des sacs de couchage, en rang… comme s’ils étaient en vacances ou en randonnée et avaient décidé de camper à la belle étoile. Certains avaient apporté des chaises pliables, en osier, ou des chaises de jardin. Toute sorte de chaise qui pouvait servir à alléger l’attente. Un groupe de personnes bourdonnait autour d’une femme assise, le bonnet vissé, bien emmitouflée: elle faisait office de distributeur de boissons chaudes et de tartines. Des individus, semblables aux commerciaux dans les magasins, évaluèrent la nouvelle venue mais, bien vite, s’en désintéressèrent : ils ne lui firent pas LA proposition, celle qui rendait effective et réelle l’expression « les places sont chères ».

Elle détourna pudiquement les yeux et essaya de se convaincre qu’elle n’était pas comme eux, comme ceux qui s’accommodaient et/ou profitaient de cette situation kafkaïenne. Elle chercha le bout de cette queue, de cette file où des destins si semblables et si différents se joignaient. Et elle ne pût s’empêcher de penser que ces gens devaient se serrer un peu plus dans les rangs : une place vide, un rang non compact c’est autant de possibilités pour les resquilleurs et ceux qui ne se s’étaient pas réveillés tôt de prendre des places.

Après deux heures, l’attente se fit plus difficile. Les paupières commencèrent à se refaire lourdes, le ventre à gargouiller, les jambes et le dos à être raides. Les formes qu’elle avait distingué en arrivant prirent des apparences et des visages humains. La jeune fille derrière elle se balançait doucement sans s’arrêter, elle chantait. Le jeune homme, à côté, les casques vissés aux oreilles écoutait de la musique tout en tapotant frénétiquement sur son ordinateur portable. Il semblait vouloir terminer de rédiger un rapport. Un vieux couple se relayait pour profiter de la chaise pliante qu’ils avaient apportée.

L’air ambiant commença à devenir plus froid et plus humide. Le jour se leva petit à petit. Certains automobilistes eurent l’air étonnés de voir cet attroupement. Les piétons ne jetaient même plus un coup d’œil, ils semblaient habitués à cette situation. Puis, il commença à crachiner. Tout ce monde chercha à s’abriter sous le court paravent qui ne pouvait guère abriter plus du tiers des gens qui étaient là à l’aube.

Maintenant qu’il faisait complètement jour, une agitation commença à atteindre les rangs. Les sacs de couchage furent remballés, les chaises repliées, la file resserrée. Chacun reprit sa place dans les rangs. Des ordres furent aboyés quelque part et d’un coup, les rangs se firent encore plus compacts et une certaine tension gagna chacune et chacun. Ça y est, la file bougea lentement. On passa devant le « campement » de ceux qui étaient couchés plus tôt. D’autres ordres furent aboyés, des éclats de voix s’amplifièrent ici et là. Il a fallu entrer par groupes, des jeunes du Service civique firent le tri. Un tri qui pouvait décider de la suite. Cette première queue finie, une autre se forma à l’intérieur. Encore des ordres aboyés, toujours l’attente. Quand arriva son tour, elle formula sa demande en espérant qu’à cette énième étape de tri on ne lui adressa une réponse négative. On lui donna un ticket. Encore l’attente, des bips électroniques, des murmures. Quand enfin elle fut appelée, cela ne dura que quelques minutes. Elle fut soulagée et repartit, son précieux sésame annuel dans le sac : le renouvellement de son titre de séjour en France.

En retournant se coucher, après cette courte nuit et cette épuisante matinée, elle se demanda comment étaient traités celles et ceux qui étaient moins bien lotis et qui cherchaient ici un avenir ou un refuge…

Et elle se promit de trouver une solution pour que, d’une manière ou d’une autre, elle n’ait plus à sortir de chez elle, au milieu de la nuit, pour faire la queue devant la préfecture de ce pays de la liberté, de l’égalité et de la fraternité.

 

En ce moment, on parle beaucoup de chiffres et de statistiques, on adopte des discours et des postures, on agite des épouvantails. Mais on oublie souvent l’Homme et son histoire derrière chaque dossier et on oublie que nous sommes tous l’étranger de quelqu’un.

Justice, confiance et violence à Madagascar

« Je fais confiance en la justice de mon pays« , on entend cette phrase assez régulièrement partout, aucun Malgache réaliste ne l’a jamais prononcé. La plus communément prononcée sera plutôt : « Qui est ce qu’on connaît au tribunal pour nous aider ? »

La méconnaissance de ses droits et du droit, la corruption, la peur… sont autant d’éléments qui font que l’accès à la justice n’est pas chose évidente à Madagascar. Il ne s’agit pas ici de couvrir d’opprobre tous les magistrats et les personnels travaillant pour la justice à Madagascar. Comme dans tout corps de métier, partout dans le monde, en tout temps, il y a toujours des brebis galeuses et des électrons libres… mais le citoyen lambda malgache a plus l’impression que ce sont les brebis vertueuses qui y sont rares dans cette grande famille de la justice.

Le meilleur moyen de ne pas avoir de problème c’est de ne pas avoir affaire à la justice… ni au magistrats !

Il y a quelques semaines, plusieurs magistrats par le biais d’un syndicat ont lancé un appel à la grève pour, disent-ils, interpeller le pouvoir en place sur leur besoin d’indépendance dans les décisions de justice. Cet appel à la grève s’est mué en une grève illimitée actuellement. Bien que la grève ait été observée, elle n’a pas pour autant susciter une réaction ou un soutien passionné du justiciable de base. En effet, il peut sembler incongru de supporter la grève de ces magistrats qui réclament à cor et à cri l’indépendance et un vrai respect de leur travail de juge quand soi-même peut risquer de devenir la victime de ces bourreaux ayant (déjà?) les pleins pouvoirs.

Comme dit auparavant, le monde judiciaire, les tribunaux et le passage devant les magistrats n’augurent jamais de rien de bon et suscitent plutôt inquiétude et peur, même à celui qui est dans son bon droit. Au lieu d’être une figure rassurante, la justice inspire crainte et méfiance dans l’imaginaire collectif . La justice n’inspire pas plus confiance à cause de la figure du magistrat dans la société malgache d’une part et des cas concrets de décisions de justice récemment rendues d’autre part.

La dégradation de l’image du magistrat dans la société malgache

Le magistrat est perçu, d’une manière générale comme une personne ayant beaucoup de pouvoir et qui peut vous mettre en prison pour un oui ou pour un non. D’ailleurs, si vous ne le savez pas, il vous le fait savoir. Un petit exemple tiré de la réalité. Il est d’usage de garer les voitures le long de la route dans les quartiers à Tananarive et on appelle cela « parking », même si c’est sur la voie publique.

Et bien voyez-vous, dans notre ancien quartier Q de la ville, depuis que la fille du commerçant est devenue magistrate, la famille exige d’avoir 3 places de parking devant leur habitation et gare à celui qui a eu la maladresse de mettre sa voiture sur ces emplacements. C’est passé le temps où chacun garait sa voiture là où il y avait de la place, maintenant, il faut chercher ailleurs sinon « bedin’ny magistrat eo! » (« la magistrate va vous punir! »)

Un autre exemple tiré d’un cas réel. Le magistrat exigeait des justiciables qu’il puisse utiliser les véhicules tout terrain de ces derniers, sans contrat de location, ni lien d’amitié ni lien de famille particulier, il le voulait et il est magistrat donc il le pouvait. Il n’y a pas besoin ici de faire une liste exhaustive. Et le pourrait on ? On peut consulter le Recueil des décisions disciplinaires du Conseil supérieur de la magistrature pour voir des cas aussi aberrants les uns que les autres ou même juste entendre les anecdotes qui se partagent ici et là sur le sujet des actes et attitudes des magistrats malgaches qui font que le citoyen lambda a peur et évite le plus possible d’avoir affaire à la justice. Et quand c’est le cas, on ne compte pas vraiment sur son bon droit ni même sur sa chance, tout le monde se mobilise pour chercher par tous les moyens à savoir si on ne connaît pas le cousin de l’amie d’une tante du frère de quelqu’un dans le tribunal pour que la douloureuse ne le soit pas trop.

La relativité des décisions rendues par les tribunaux

Le monde du droit en général et le fonctionnement des tribunaux en particulier constituent souvent des mystères pour le citoyen lambda. Tout le système devient encore plus nébuleux suite aux récentes décisions rendues par les tribunaux. La voiture d’un particulier a provoqué un grave accident avec des victimes mortes sur le coup et d’autres qui sont gravement blessées. Il s’en suivra que la sanction prononcée par le tribunal sera un emprisonnement de trois mois avec sursis.

Le parquet aurait fait appel de cette décision, mais toujours est-il que la première décision prise a déjà marqué l’opinion publique (l’on se demande même ce qu’il en serait s’il n’y avait pas eu la médiatisation autour de l’accident). Dans un autre dossier, une sanction de cinq ans de prison avec sursis et d’une amende d’environ 15 000 euros pour « incitation à la rébellion et destruction de biens et documents publics » est prononcée à l’encontre de Clovis R. Il s’avère que ce monsieur est un militant écologiste qui voulait alerter sur les trafics de bois de rose. Il aura déjà subi 10 mois de détention préventive avant l’énoncé de ce verdict. Dans un tout autre domaine, l’administrateur d’un groupe Facebook a été condamné à un an de prison ferme pour divers motifs.

S’il n’y a pas un minimum de hiérarchisation dans les sanctions prononcées pour les crimes et les délits comment voudrait on que le citoyen lambda ait confiance en la justice. Comment peut on comprendre le fonctionnement de la justice quand on entend ici et là des décisions aussi disproportionnées et ne suivant aucune logique… parce que parfois tout est affaire de ouï-dire, certaines décisions ne sortent pas à l’écrit ou ne sont pas disponibles avant plusieurs mois… parce que oui c’est aussi un autre parcours du combattant d’avoir accès aux décisions de justice.

La meilleure façon d’être sûr d’avoir justice finalement, c’est d’agir soi-même…

On a vu que les magistrats et l’appareil judiciaire inspirent méfiance aux justiciables et citoyens. Cette méfiance vis-à-vis de la justice entraine une énorme perte de confiance et engrange la violence, qui éloigne plus qu’autre chose d’une paix sociale.

Le retour à la loi du Talion et de la justice dite populaire

Parce que certains citoyens et justiciables ne supportent plus de voir une justice rendue selon le réseau, la puissance et les connaissances de personnes en présence, ils ont décidé de se faire justice eux-mêmes. C’est ainsi que l’on entend ici et là, et sans que les autorités nationales ne réagissent réellement, qu’un « fitsarambahoaka » est intervenu. Fitsarambahoaka vient des mots fitsarana (jugement) et vahoaka (peuple)… c’est un lynchage public : souvent quand un ou plusieurs individus sont surpris en train de faire un acte malveillant, il n’est plus d’usage de les emmener au commissariat ou à la caserne des gendarmes, le peuple préfère se faire justice soi-même et gare à celui ou ceux qui sont pris… la violence est inouïe, cela peut même se terminer par la mort ou un bûcher pour le(s) coupable(s).

Il arrive même que ce soit les bureaux des dépositaires de la force publique qui soient pris à parti quand les personnes y sont en attente d’un transfert au niveau du tribunal. Mais tout cela n’est que le résultat de cette perte de confiance en l’institution de la justice.

La vindicte populaire virtuelle

Cette marque de manque de confiance ne se traduit pas seulement par les coups et la violence physique. On aura la prétention de dire que nous ne faisons pas partie de ces personnes qui s’adonnent à la violence gratuite ou qui se déchainent sur d’autres en public, dans la rue, les mains recouvertes de sang… Et pourtant un autre aspect marque cette défiance en la justice et cette volonté de se faire justice soi-même…. cela se passe sur les réseaux sociaux. Combien de fois, de simples particuliers diffusent des posts faits par d’autres particuliers sur des personnes qui auraient prétendument volé, arnaqué (avec photo, noms et photocopie de pièces d’identité à l’appui). Ce n’est pas pire que la violence physique mais dans ces posts là, les individus se substituent aussi à la justice.

Et bien souvent, on ne sait pas si les faits sont avérés, s’ils ont été supposés ou s’il s’agit d’un règlement de compte ou d’une autre histoire dont les dessous ne sont pas connus de tous. Or, sur les réseaux sociaux un post d’une telle nature devient assez rapidement viral, tout le monde partage : après tout, il suffit d’un seul clic pour « rendre justice »…  à part les violences des commentaires, ces situations ne permettent pas non plus à la personne mise en cause de se défendre, tous les « partageurs » ayant la conviction que le post accusateur initial est vrai.

Mais il faut admettre que parfois, seuls les réseaux sociaux peuvent arriver à quelque chose. Une fois, un post facebook a révélé les pratiques violentes d’une institutrice dans une école privée, si le post n’avait pas été viral, le ministère de l’éducation n’aurait rien fait (suspension de l’autorisation administrative de l’école et tribunal pour l’institutrice). Mais faut-il encore que la situation soit mise en lumière ou que les responsables se sentent concernés. En effet, plusieurs autres cas qui ont été massivement relayés sur les réseaux sociaux et concernent les problèmes rencontrés par les personnes qui n’ont pas assez d’argent pour payer l’hôpital public et qui en meurent, n’ont pas conduit les autorités à prendre des décisions ou du moins à diligenter des enquêtes.

Comme dit plus haut, ce ne sont pas tous les magistrats qui sont mis en cause ici. Il y a sûrement ceux qui étudient vraiment leurs dossiers, rendent les décisions, à temps, et sans qu’on ait besoin de leur donner des arguments et des « aides sonnantes et trébuchantes à la décision »…

Il y en a sûrement, mais ils semblent si minoritaires que c’est toute l’institution de la justice qui fait l’objet de la méfiance. Mais paradoxalement, cette institution fait aussi l’objet de l’envie des citoyens lambdas. Oui, à voir la proportion entre les candidats aux fonctions de magistrat et le nombre de postes mis au concours, on se pose la question (vraiment?) de savoir ce qui attire tant de monde dans la magistrature? rendre la justice? protéger la veuve et l’orphelin?
En effet, à chaque ouverture du concours, il y a plus d’appelés que d’élus : plus d’un millier de candidats (qu’elles aient suivi des cours de droit ou non d’ailleurs) pour une cinquantaine de postes au total.

Au vu de ces grèves des magistrats, qui demandent leur indépendance, on veut leur poser la question de savoir si les justiciables pourraient aussi faire grève ou bénéficier d’une vraie justice, celle qui est juste et équitable.

Ne disait on pas dès 1881 à Madagascar que « les juges doivent (…) rétablir l’équité, le juste (le juste se superposant et s’intégrant par ailleurs au vrai), afin que l’ordre, c’est à dire la paix sociale profite au peuple« *.

« Ny mpitsara (…) manao izay hahavitana tsara ny Fitsarana araky ny marina, hahameloka ny meloka, ary hahamarina ny marina ho marina, tsy ho azon’olona havilivily hanova ny rariny, na hanitsy ny meloka, mba hiadanan’ny Vahoaka amy ny ananany »*

* Tiré de « Ny Lalan’ny Fanjakana. Kabary nataon-dRanavalomanjaka 29 mars 1881 », cité dans l’ouvrage d’Ignace Rakoto, Recueil des jugements et arrêts rendus par les tribunaux à Madagascar (1841-1896).