Réveillons-nous…pour ne pas trembler !!!

Quelle surprise il y a quelques jours d’apprendre que des milliers d’hippocampes de Madagascar ont été interceptés à l’aéroport de Roissy ! … Parce qu’il y a des hippocampes à Madagascar ? (je veux dire, ça existe en vrai ? ailleurs que dans le dessin animé Ariane ? :p ) …après lecture de l’article on apprend qu’on fait du bouillon pour les bébés avec de l’hippocampe séché ? (pourquoi ne pas le faire avec du patsa national malgache ou avec de simples légumes ? Huumm ). La surprise et l’incrédulité passées, le temps de la prise de conscience est arrivé ! En effet, ces derniers temps, dans la plupart des articles parlant de la recrudescence du braconnage, il y a souvent cette phrase « …parce qu’on lui prête des vertus aphrodisiaques ou médicinales ». Entre les rhinocéros et les éléphants, les tigres, et maintenant donc les hippocampes, il semble qu’il suffise que des vertus aphrodisiaques (supposées mais vérifiées ?) soient attribuées à une plante, ou à un animal, pour que l’Asie (et surtout la Chine) se l’arrache…et que le trafic démarre.

Ah ces nouveaux riches de l’Asie!!! ne nous a t’on pas prévenu que « quand la Chine s’éveillera…le monde tremblera »… Actuellement, elle est plus que réveillée, et le monde en subit les conséquences (ne parlons pas ici, même si on y pense fortement, des conditions de travail avec les employeurs chinois)… surtout les bêtes et les plantes qui ne demandaient pas grand chose que de vivre, croître paisiblement, après les massacres, les chasses, les cueillettes, les expériences scientifiques subis lors de la conquête faite par les explorateurs occidentaux au début du 19ème siècle.

When the wood go, wildlife goes

When the wood go, wildlife goes

Ecocide, une excellente série de reportages réalisée par le journal Le Monde et une équipe de juristes, nous relate les faits. Et force est de constater, que la plupart des trafics qui font des ravages actuellement ont plus ou moins une connexion avec l’Asie (pour ne pas dire pour qu’ils ont pour destination finale ce continent). Mais ce problème des trafics sur la faune et la flore va au-delà des lubies de ces nouveaux riches de l’Asie, il concerne un problème global et dont les gens ne semblent pas réellement se préoccuper, croyant peut être que ce sont juste des caprices des écolos et des idéalistes. Or, certaines raisons poussent au réveil et à la conscientisation de tout un chacun.

Même si ce n’est pas lié…on tirait auparavant une certaine fierté à entendre parler des lémuriens par exemple, parce qu’on savait qu’ils viennent du pays. Mais actuellement, avec les trafics, les « échanges » entre centres de recherche (on ne sait pas vraiment s’il y a vraiment de la réciprocité ou si c’est en sens unique), les lubies « légaux » de milliardaires (oui Mr Virgin a emporté plusieurs lémuriens sur ses îles privées dans les Caraïbes), la faune et la flore qui étaient endémiques deviennent mondialisées, banalisées, ne sont plus sauvages…

Lemurs eat at Qingdao Forest Wildlife World in Qingdao, Shandong province (Chine) Steven Davy – Reuters

(c’est jolie comme photo mais il manque un peu de vert!)

Les enquêtes montrent que ces trafics des richesses de la biodiversité ne se mettent pas en place du jour au lendemain. La plupart constitueraient une diversification des activités des « mafias traditionnelles » : après calcul, ils ont constaté qu’il y a plus de bénéfices (en pièces sonnantes et trébuchantes et en temps d’emprisonnement prévu) à tremper dans le crime contre l’environnement que dans la contrefaçon ou le trafic d’êtres humains. Ainsi, 1 kg de cocaïne rapporterait 28 000 dollars et plusieurs années d’emprisonnement, alors qu’ 1 kg de corne d’ivoire coûterait 72 000 dollars et les risques d’emprisonnement sont largement diminués, voire inexistants vu le manque de réglementation. Le caractère énorme et colossal des bénéfices engrangés (on parlerait de millions de dollars) ne permet pas réellement d’agir et généralise la corruption…de plus, quel discours adopter quand les petites mains dans le réseau mafieux gagne plus en très peu de temps (et peut nourrir et subvenir aux besoins de sa famille) que l’honnête citoyen qui travaille dur? Mais est ce vraiment inéluctable? Est ce une solution viable sur le long terme?

Ces trafics sont basés sur des croyances, des rumeurs… sur l’irrationnel (?!), mais les effets sont tangibles et visibles. Prenons quelques exemples. Le trafic de l’essence de bois de rose entraîne la déforestation massive d’un parc national à Madagascar. Parce que tout dans le tigre est utilisé dans la médecine traditionnelle chinoise, les tigres sauvages pourraient disparaître d’ici 4 à 5 ans. A la longue, on va finir par oublier qu’il y avait des animaux sauvages, des merveilles de plantes sauvages. La prochaine génération ne va pas croire que les animaux ne sont pas tous domestiqués ni empaillés dans les musées d’histoire naturelle, qu’ils peuvent vivre en dehors des zoos, des parcs…

Tout ce trafic laisse un goût de vol et de spoliation…pourquoi tout ce patrimoine qui nous était destiné est détourné, sans qu’a priori les autorités ne lèvent vraiment le petit doigt ? Comment ces rumeurs et on-dit marchent ? Tant qu’à faire, pourquoi personne n’affirme que les criquets qui envahissent Madagascar ont des vertus aphrodisiaques et des pouvoirs magiques qui peuvent transformer un petit concombre fané en un légume fort et turgescent : au moins, ça nous débarrasserait de ces bêtes que l’on n’arrive apparemment pas à éradiquer.

Leonora Enking - Creative commons

Locust (by Leonora Enking – Creative commons)

 

 

 

 

 

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Ianjatiana
De Madagascar, d'ici et d'ailleurs. La lecture et l'écriture me passionnent, tout autant que la photographie et le cinéma. Je suis une éternelle curieuse.

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