Je tiens juste un blog…

A certains de mes compatriotes malgaches qui disent que ce n’est pas leur guerre!

Plusieurs sentiments se sont mêlés quand j’ai appris le carnage dans les locaux du journal Charlie Hebdo et ses environs : stupeur, effroi, rage et colère. Comme une certaine partie des personnes sur les réseaux sociaux, j’ai affiché mon soutien et ma solidarité avec le « Je suis Charlie ». Je n’ai pas fais ce partage parce que tout le monde le fait, ou parce que je suis d’accord avec la ligne éditoriale de Charlie Hebdo. Je l’ai fais parce que je sentais qu’il fallait « dire » quelque chose, manifester, protester. Il ne fallait pas rester là, agir, vivre comme si c’était normal de faire taire à jamais les personnes en enlevant la vie parce qu’on n’est pas d’accord avec quelque chose, quelqu’un, une idée.

La violence n’est jamais une solution mais le monde semble tellement mal en point qu’on en arrive à vivre avec et à en être indifférent. Chaque vie est unique, chaque mort est un déchirement. Et ce n’est pas parce que l’on ne se manifeste pas publiquement que les autres morts ne nous touchent pas.

Ce qui s’est passé nous fait oublier la valeur de la liberté : elle n’a pas de prix, elle n’est pas acquise, elle ne va pas de soi. Mais nous sommes peut être une génération qui a tout hérité de nos aînés et parents, on n’a pas eu à combattre pour avoir l’indépendance de notre pays, on n’a pas eu à se battre pour exprimer nos idées, on n’a eu qu’à vivre dans l’insouciance et dans la certitude que rien ne peut nous arriver. On croit que cette liberté qu’on a de lire tous les auteurs et les livres que l’on veut, de regarder tous ces films, est juste une question de choix. On croit que l’on peut écouter toute la musique qui nous passe sous les mains, pourvu que le tempo et les paroles nous touchent. On croit que le fait de dire nos pensées et nos idées n’est limité que par notre propre personnalité et notre propre caractère, mais que oui, on peut dire tout ce qu’on veut. La réponse est non! La liberté que l’on vit, dont on jouit n’a pas été simplement livrée et distribuée généreusement. Cette liberté est issue de luttes âpres et de longue haleine de milliers de personnes, connues, moins connues mais qui ont tout fait pour que nous n’ayons pas à vivre dans l’oppression, dans la peur de perdre sa vie parce qu’on est différent, parce qu’on ne pense pas et que l’on n’est pas comme tout le monde.

La liberté n’est jamais acquise définitivement, elle est à conquérir chaque jour…

De manière plus « terre à terre », les kilomètres qui nous séparent des lieux du crime, les soucis du quotidien, nos propres malheurs sont ils si puissants qu’ils ont réussi à nous anesthésier devant ce malheur? Ces personnes là ( de l’agent de maintenance, en passant par le correcteur, les chroniqueurs et les dessinateurs) sont parties de chez elles (ou d’ailleurs) ce matin pour aller travailler et elles ne reviendront pas…plus… elles ont perdu la vie parce que leurs dessins, les idées qu’elles véhiculaient ne plaisaient pas. Mais dans quel monde vivons-nous? Un monde où vaut mieux ne pas froisser les uns et les autres sinon on peut y perdre sa vie? Un monde où on ne peut pas afficher son soutien à la liberté sinon on se fait cataloguer ?

Je n’ai pas combattu pour exprimer mes idées, je n’ai pas subi de menaces de mort tous les jours parce que je fais des dessins, je n’ai pas tenu tête à des lots de problèmes financiers pour continuer à publier mes convictions, je n’ai pas perdu ma vie en faisant mon travail… je ne fais que tenir un blog mais malgré tout, j’y tiens à cette « petite » liberté! Je suis Charlie!

JesuisCharlie

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Ianjatiana
De Madagascar, d'ici et d'ailleurs. La lecture et l'écriture me passionnent, tout autant que la photographie et le cinéma. Je suis une éternelle curieuse.

Une réflexion au sujet de « Je tiens juste un blog… »

  1. dylanv dit :

    bien dit! faut jamais avoir honte de ses convictions et se cacher ou fermer sa gueule pour ne pas froisser les autres « je suis responsable de ce que je dis mais je ne suis pas responsable de ce tu comprends » c est peut etre prétentieux ou méprisant comme phrase mais c est comme ca, et s ils ne sont pas encore contents je termine par  » soyez en bien persuadés, je vous emm … « 

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