Cybercriminalité par Pov

Le code de la communication qui censure et fait peur à Madagascar

Après la loi sur la cybercriminalité, qui a été dénoncée principalement pour son article 20, Madagascar va s’apprêter à adopter son Code de la communication médiatisée (c’est l’intitulé exact et complet du code, et non, ce n’est pas une faute d’accord entre Code et médiatisé). Et oui!… et ce n’est une bonne nouvelle ni pour les Malgaches, ni pour la démocratie, ni pour la liberté!

Pour rappel, la loi sur la cybercriminalité a été adoptée en 2014 et son article 20 dispose que :

« L’injure ou la diffamation commise envers les corps constitués, les cours, les tribunaux, les forces armées nationales ou d’un État, les administrations publiques, les membres du gouvernement ou de l’Assemblée parlementaire, les fonctionnaires publics, les dépositaires ou agents de l’autorité publique, les citoyens chargés d’un service ou d’un mandat public, temporaire ou permanent, les assesseurs ou les témoins en raison de leurs dépositions, par les moyens de discours, cris ou menaces proférés dans les lieux ou réunions publics, soit par des écrits, imprimés, dessins, gravures, peintures, emblèmes, images ou tout autre support de l’écrit, de la parole ou de l’image vendus ou distribués, mis en vente ou exposés dans les lieux ou réunions publics, soit par des placards ou des affiches exposés au regard du public, soit par le biais d’un support informatique ou électronique, sera punie d’un emprisonnement de deux ans à cinq ans et d’une amende de 2 millions à 100 millions ariary ou l’une de ces peines seulement ».

Après quelques recherches (comme le style d’écriture de la loi changeait au fur et à mesure des articles, ça se sentait qu’elle n’était pas issue d’une même plume), il s’avère que cet article 20 de la loi sur la cybercriminalité est principalement le « copier-coller » du paragraphe sur les délits contre les personnes, c’est à dire des articles 29 à 32 de la loi sur la liberté de la presse française du 29 juillet 1881. Le mondoblogueur Andriamialy a déjà donné en 2014 un Guide pour les cybernautes malgaches pour survivre à cette loi. Entre autres choses, on peut aussi se poser la question de savoir comment cette loi qui régit ce qui se passe dans le cyberespace compte interdire des actions qui se déroulent dans l’espace physique (comme les cris, menaces proférés dans les lieux ou réunions publics, ou encore des écrits, des dessins…des affiches exposés au regard du public ) ?

Qu’en est t’il de ce nouveau Code de la communication médiatisée?

L’excellent article de Mialy s’en fout résume bien ce qu’il est : c’est un « code parano «  . L’organisation Reporters sans frontières le dénonce comme un code qui porte « une atteinte grave à la liberté de la presse« , avec cette constante référence au Code pénal pour les délits de presse. Pour me faire ma propre idée, je l’ai lu et il me semble qu’il y a des passages où il y a trop de flou pour que l’on puisse se sentir en sécurité. En effet, dans un premier temps, dans les tous premiers articles de ce code, la liberté de la presse et de l’information est encensée, célébrée, puis, le Code commence petit à petit à dire : faites attention à ce que vous publiez, sinon pan pan fe-fesses! Je ne vais pas faire une revue du Code en entier, mais prendre juste 3 ou 4 articles.

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Je tiens juste un blog…

A certains de mes compatriotes malgaches qui disent que ce n’est pas leur guerre!

Plusieurs sentiments se sont mêlés quand j’ai appris le carnage dans les locaux du journal Charlie Hebdo et ses environs : stupeur, effroi, rage et colère. Comme une certaine partie des personnes sur les réseaux sociaux, j’ai affiché mon soutien et ma solidarité avec le « Je suis Charlie ». Je n’ai pas fais ce partage parce que tout le monde le fait, ou parce que je suis d’accord avec la ligne éditoriale de Charlie Hebdo. Je l’ai fais parce que je sentais qu’il fallait « dire » quelque chose, manifester, protester. Il ne fallait pas rester là, agir, vivre comme si c’était normal de faire taire à jamais les personnes en enlevant la vie parce qu’on n’est pas d’accord avec quelque chose, quelqu’un, une idée.

La violence n’est jamais une solution mais le monde semble tellement mal en point qu’on en arrive à vivre avec et à en être indifférent. Chaque vie est unique, chaque mort est un déchirement. Et ce n’est pas parce que l’on ne se manifeste pas publiquement que les autres morts ne nous touchent pas.

Ce qui s’est passé nous fait oublier la valeur de la liberté : elle n’a pas de prix, elle n’est pas acquise, elle ne va pas de soi. Mais nous sommes peut être une génération qui a tout hérité de nos aînés et parents, on n’a pas eu à combattre pour avoir l’indépendance de notre pays, on n’a pas eu à se battre pour exprimer nos idées, on n’a eu qu’à vivre dans l’insouciance et dans la certitude que rien ne peut nous arriver. On croit que cette liberté qu’on a de lire tous les auteurs et les livres que l’on veut, de regarder tous ces films, est juste une question de choix. On croit que l’on peut écouter toute la musique qui nous passe sous les mains, pourvu que le tempo et les paroles nous touchent. On croit que le fait de dire nos pensées et nos idées n’est limité que par notre propre personnalité et notre propre caractère, mais que oui, on peut dire tout ce qu’on veut. La réponse est non! La liberté que l’on vit, dont on jouit n’a pas été simplement livrée et distribuée généreusement. Cette liberté est issue de luttes âpres et de longue haleine de milliers de personnes, connues, moins connues mais qui ont tout fait pour que nous n’ayons pas à vivre dans l’oppression, dans la peur de perdre sa vie parce qu’on est différent, parce qu’on ne pense pas et que l’on n’est pas comme tout le monde.

La liberté n’est jamais acquise définitivement, elle est à conquérir chaque jour…

De manière plus « terre à terre », les kilomètres qui nous séparent des lieux du crime, les soucis du quotidien, nos propres malheurs sont ils si puissants qu’ils ont réussi à nous anesthésier devant ce malheur? Ces personnes là ( de l’agent de maintenance, en passant par le correcteur, les chroniqueurs et les dessinateurs) sont parties de chez elles (ou d’ailleurs) ce matin pour aller travailler et elles ne reviendront pas…plus… elles ont perdu la vie parce que leurs dessins, les idées qu’elles véhiculaient ne plaisaient pas. Mais dans quel monde vivons-nous? Un monde où vaut mieux ne pas froisser les uns et les autres sinon on peut y perdre sa vie? Un monde où on ne peut pas afficher son soutien à la liberté sinon on se fait cataloguer ?

Je n’ai pas combattu pour exprimer mes idées, je n’ai pas subi de menaces de mort tous les jours parce que je fais des dessins, je n’ai pas tenu tête à des lots de problèmes financiers pour continuer à publier mes convictions, je n’ai pas perdu ma vie en faisant mon travail… je ne fais que tenir un blog mais malgré tout, j’y tiens à cette « petite » liberté! Je suis Charlie!

JesuisCharlie