Admirer Tananarive grâce à MondoTana

Ce fut un voyage riche de mille échanges, émaillé de mille histoires et déclarations dans le bus de la joie, parfumé de mille senteurs, teinté de mille couleurs…dans la Ville des milles*!

*Antananarivo signifie latéralement la Ville des milles (arivo = mille, tanana = ville). Sa devise c’est « ny arivo lahy tsy maty indray andro » = un millier d’hommes ne meurent pas en un seul jour. Vous pouvez même connaître l’histoire de ces milles soldats ici!

Après cette petite leçon de malgache, je reviens vous raconter ce voyage qui m’a permis d’une part de participer à la formation annuelle Mondoblog, et d’autre part de revoir Tanà.

Participer à la formation Mondoblog à Tananarive (MondoTana)

Je n’ai jamais pensé pouvoir avoir la chance de revoir Tananarive, surtout en cette période de fin d’année. Mais heureusement j’ai été sélectionnée pour suivre la formation Mondoblog de cette année 2016, qui s’est tenue parallèlement au Sommet de la Francophonie. D’ailleurs, vous pouvez relire une grande partie des articles écrits par les Mondoblogueuses et les Mondoblogueurs sur ce Sommet : « La Francophonie vue par les francophones« .

Groufie avec François Hollande : oui la formation nous avait permis de rencontrer le Président français en exercice pendant le Sommet de la Francophonie et aussi de lui poser quelques questions.

La formation Mondoblog c’est un tourbillon qui vous emporte pendant plusieurs jours et qui ne vous laisse pas indemne. Elle vous donne l’occasion de rencontrer des jeunes blogueurs de plusieurs coins du monde et ils n’ont de jeunes que l’âge. Ces Mondoblogueuses (eurs) ont des projets, un optimisme et un enthousiasme qui ne peuvent qu’inspirer. Leur vision de la vie et de l’avenir vous change du pessimisme et du défaitisme ambiant. C’était un moment unique dans ma plus ou moins courte vie numérique! En effet, bien qu’ayant déjà eu plusieurs blogs, je ne me suis jamais sentie aussi « part » de quelque chose de plus grand qu’en étant chez Mondoblog!

Avec toutes ces rencontres enrichissantes, la formation était aussi l’occasion de s’outiller au niveau technique et que pourrais-je dire, sinon que ça ouvre d’autres perspectives pour mieux vivre sa vie de Mondoblogueur. Participer à MondoTana était un des meilleurs cadeaux de 2016, et c’était aussi l’occasion de revoir Tanà (Antananarivo) et même de le voir à travers les yeux « des autres ».

Revoir Tananarive.

Tananarive ou Antananarivo ou Tanà (pour les intimes et pour Henri Ratsimbazafy, un crooner malgache qui chante ici son amour pour cette ville) est la capitale de Madagascar. J’ai grandi à Tanà mais je dois reconnaître que j’ai pu en apprécier certaines particularités, et celles de Madagascar, en ayant été avec les « vahiny** » de MondoTana.

Et donc, pour commencer, tellement j’ai pris l’habitude d’y vivre que je n’ai plus remarqué que la ville était construite sur des collines et que dans certains quartiers, il y avait une architecture particulière. Cette architecture dite « tranogasy*** » tend pourtant à disparaître du paysage pour faire place à ces bâtiments hauts, sans style, sans âmes et sans charme, sauf peut être leurs couleurs? Valoriser ce patrimoine culturel de la capitale est pourtant l’une des solutions pour y favoriser le tourisme et pour que Tanà ne soit plus juste la ville de l’aéroport international.

Ensuite, revoir Tanà en fin d’année c’est aussi voir les arbres en fleurs et en avoir les senteurs.

Entre les jacarandas et les frangipaniers en fleurs, c’est un régal pour les yeux et une douceur pour l’odorat!

Et enfin, revoir Mada en fin d’année c’est goûter aux fruits de saison! Tandis que chaque fin d’année là où je suis, je languissais de ne pas manger de litchis, de mangue de Madagascar, je me suis rendue compte que ces fruits n’existaient pas partout et que tout le monde n’était pas rempli de joie en les voyant. (Je passe sous silence l’épisode bobo ventre généralisé…)

Un des seuls regrets était la période bobo-ventre qui nous a empêché de faire découvrir la vraie gastronomie malgache à la MondoTana. Parce que oui, nous les Malgaches on mange le zébu, des « zébuvores » mais il y avait mille et une façons de le cuisiner et celui du « varanga » est particulièrement succulent.

Varanga avec du rougail et bien sûr du riz! 😉

Pour finir, MondoTana était une très belle occasion pour vivre mon appartenance à Mondoblog et ressentir cette fraternité et cet enthousiasme des Mondoblogueuses et des Mondoblogueurs. Et ce voyage m’a aussi permise de voir mon pays à travers le regard des autres, ce qui est quelque part intéressant, îliens que nous sommes! 😀

**vahiny : mot malgache qui signifie étrangers mais dans ce contexte, je prend sa deuxième signification : invités.

***tranogasy : trano = maison, maison traditionnelle malgache.

Cybercriminalité par Pov

Le code de la communication qui censure et fait peur à Madagascar

Après la loi sur la cybercriminalité, qui a été dénoncée principalement pour son article 20, Madagascar va s’apprêter à adopter son Code de la communication médiatisée (c’est l’intitulé exact et complet du code, et non, ce n’est pas une faute d’accord entre Code et médiatisé). Et oui!… et ce n’est une bonne nouvelle ni pour les Malgaches, ni pour la démocratie, ni pour la liberté!

Pour rappel, la loi sur la cybercriminalité a été adoptée en 2014 et son article 20 dispose que :

« L’injure ou la diffamation commise envers les corps constitués, les cours, les tribunaux, les forces armées nationales ou d’un État, les administrations publiques, les membres du gouvernement ou de l’Assemblée parlementaire, les fonctionnaires publics, les dépositaires ou agents de l’autorité publique, les citoyens chargés d’un service ou d’un mandat public, temporaire ou permanent, les assesseurs ou les témoins en raison de leurs dépositions, par les moyens de discours, cris ou menaces proférés dans les lieux ou réunions publics, soit par des écrits, imprimés, dessins, gravures, peintures, emblèmes, images ou tout autre support de l’écrit, de la parole ou de l’image vendus ou distribués, mis en vente ou exposés dans les lieux ou réunions publics, soit par des placards ou des affiches exposés au regard du public, soit par le biais d’un support informatique ou électronique, sera punie d’un emprisonnement de deux ans à cinq ans et d’une amende de 2 millions à 100 millions ariary ou l’une de ces peines seulement ».

Après quelques recherches (comme le style d’écriture de la loi changeait au fur et à mesure des articles, ça se sentait qu’elle n’était pas issue d’une même plume), il s’avère que cet article 20 de la loi sur la cybercriminalité est principalement le « copier-coller » du paragraphe sur les délits contre les personnes, c’est à dire des articles 29 à 32 de la loi sur la liberté de la presse française du 29 juillet 1881. Le mondoblogueur Andriamialy a déjà donné en 2014 un Guide pour les cybernautes malgaches pour survivre à cette loi. Entre autres choses, on peut aussi se poser la question de savoir comment cette loi qui régit ce qui se passe dans le cyberespace compte interdire des actions qui se déroulent dans l’espace physique (comme les cris, menaces proférés dans les lieux ou réunions publics, ou encore des écrits, des dessins…des affiches exposés au regard du public ) ?

Qu’en est t’il de ce nouveau Code de la communication médiatisée?

L’excellent article de Mialy s’en fout résume bien ce qu’il est : c’est un « code parano «  . L’organisation Reporters sans frontières le dénonce comme un code qui porte « une atteinte grave à la liberté de la presse« , avec cette constante référence au Code pénal pour les délits de presse. Pour me faire ma propre idée, je l’ai lu et il me semble qu’il y a des passages où il y a trop de flou pour que l’on puisse se sentir en sécurité. En effet, dans un premier temps, dans les tous premiers articles de ce code, la liberté de la presse et de l’information est encensée, célébrée, puis, le Code commence petit à petit à dire : faites attention à ce que vous publiez, sinon pan pan fe-fesses! Je ne vais pas faire une revue du Code en entier, mais prendre juste 3 ou 4 articles.

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Malgaches nous sommes indépendants, il nous faut agir maintenant !

Ce 26 juin 2016 Madagascar a fêté ses 56 ans d’Indépendance.

Oui, Madagascar est indépendant, même si à l’approche de cette date, on entend souvent le même refrain : « non, nous ne sommes pas indépendants, nous sommes encore sous le joug des puissances étrangères, nous ne sommes pas libres… » . L’indépendance nous a été donnée en 1960, mais force est de constater que nous, les Malgaches, avons fait si peu pour elle, pour cette indépendance. On croit un peu trop aux miracles et aux sauveurs providentiels, sans penser que nous, le peuple malgache avons aussi une part de responsabilité dans la situation. Je vais prendre juste 3 situations pour illustrer cette idée.

  • On se plaint souvent de nos dirigeants, que ce sont toujours les mêmes qui sont là, mais quand arrivent les jours d’élection, on ne fait pas le déplacement pour aller voter, ou, enchantés par les belles promesses, on remet au pouvoir celui qu’on a démis quelques années plus tôt. Notre mémoire de poisson rouge nous joue des tours.
  • On se plaint de la corruption qui sévit en haut lieu, alors que nous-mêmes, on ne rechigne pas à laisser un petit « pourboire » ou « écolage » pour avoir plus vite ce permis, pour réussir ce concours administratif ou tout simplement parce qu’on se dit ce n’est pas pire que ce qui se passe ailleurs. Nous n’osons pas refuser d’alimenter ce cercle vicieux parce que « cela facilite la vie et c’est mieux ainsi ».
  • On dénonce le train de vie des dirigeants et l’indécence de leurs dépenses mais on n’hésite pas à se moquer de celui qui a du pouvoir et qui reste dans la modestie et l’humilité. On dit souvent « mais il est fou celui-là, avec son poste de directeur-responsable-superresponsable, il circule encore avec son ancienne voiture », « elle vient vraiment de la campagne hein, avec tout le personnel qu’elle peut avoir à sa disposition, elle fais encore ses courses au marché du coin ».

« Ne demandez pas ce que votre pays peut faire pour vous mais ce que vous pouvez faire pour votre pays » exhortait John Fitzerald Kennedy lors de son discours d’investiture en janvier 1961. Ce passage est souvent cité, ressorti et adopté comme leitmotiv. Vu l’ampleur du travail à faire pour sortir Madagascar de son état actuel, l’on peut être découragé et renoncer ou fuir, c’est à ce moment qu’il faudrait se souvenir d’un autre extrait de ce même discours « nous n’accomplirons pas tout cela dans les cent premiers jours, ni sous ce gouvernement, ni même peut-être au cours de notre existence sur cette planète. Mais nous pouvons commencer ». Ainsi, tout espoir n’est pas perdu, et il faut bien commencer quelque part. Retroussons nos manches et travaillons, chacun à notre niveau, sans suivre les mauvais exemples de nos dirigeants, sans avoir peur du « qu’on dira t’on? » pour notre pays bien aimé. Et dernière chose, arrêtons de rendre les autres, surtout les autres pays, responsables de ce qui nous arrive. Car eux, ils ne font que défendre leurs intérêts commerciaux et penser à leur stratégie diplomatique, c’est ce que chacun est sensé faire : travailler pour son pays et au bénéfice de celui-ci. C’est de notre « faute » et de la responsabilité de nos seuls dirigeants si les négociations et accords commerciaux aboutissent souvent à ce que l’on soit lésé et qu’aucune retombée des grands projets n’arrive jusqu’au peuple.

Arrêtons de nous lamenter sur notre sort et de nous plaindre et faisons quelque chose, agissons! On se sentira plus indépendant et réellement plus libre!

Dernière minute : en début de soirée, on a entendu qu’une explosion aurait eu lieu lors d’un concert sensé clore les festivités liées à la célébration de cet anniversaire de notre indépendance. Il y aurait eu des morts et plusieurs décès. En attendant de plus amples informations, on ne peut que déplorer et condamner cet acte lâche … comment peut t’on sacrifier des vies humaines innocentes, celles de compatriotes pour satisfaire des buts inavoués (bassement politiques?). Avant, les crises et les problèmes politiques ou autres se réglaient et évoluaient à coup de déclarations, interviews et sit-in, grèves…de plus en plus ces derniers temps, la violence monte d’un cran, entre les attentats, les explosions et les exécutions, on perd de plus en plus cette notion de sacralité de la vie : « tokana ny aina » , qui pourtant nous tenait à coeur.