Aux arbres citoyens du Monde!

A Paris, il y a eu bien des révolutions, depuis des siècles, mais aujourd’hui c’est la plus belle et la plus pacifique des révolutions qui vient d’être accomplie, la révolution pour le changement climatique…devait rappeler le président français François Hollande ce samedi 12 décembre au Bourget. Et pourtant ça a mal commencé et tout le monde s’attendait à ce que toute cette montagne médiatique, politique et militante accouche d’une souris diplomatique! Il est ici bien évidemment question de la Cop 21 ou la conférence des parties (ce sont les pays participants) à la convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (adoptée en 1992 à Rio de Janeiro lors du Sommet de la Terre).

 

Ice watch : un cadran réalisé à partir de bloc de glace du Groenland (Place du Panthéon à Paris)

Pour Madagascar en particulier, cela a vraiment débuté par un problème, un grand problème de participants. En effet, la délégation malgache annoncée pour la conférence était composée de 107 personnes dont plusieurs membres du gouvernement, plusieurs conseillers techniques et chargés de mission (il y avait dans la liste des partants d’un ministère un conseiller technique qui a le même nom de famille pas si familier que la ministre, on ne va pas chipoter, comme on dit en malgache, les noms malgaches sont si répandus…) et autres personnes dont on se demande vraiment la pertinence de leur présence à cette conférence des parties. Le président de l’Assemblée nationale a du, in extremis, renoncé à son voyage. Face au tollé et à la polémique soulevés par cette information ou simple coïncidence, le Gouvernement malgache a du faire un communiqué officiel indiquant que suite aux demandes des autorités françaises, et face aux mesures de sécurité imposées par les organisateurs, la délégation malgache a été réduite à 40 personnes. L’on se demande alors s’il n’était pas nécessaire, dès l’annonce de la tenue de la conférence et vu que le sujet sur laquelle elle portait, d’envisager une délégation réduite, combien même une partie des délégués étaient pris en charge par les organisateurs ou les différents organismes internationaux. Sans compter que le bilan carbone d’une délégation de 40 personnes réalisant un voyage aller-retour Antananarivo-Paris est de 1,28 t x 40 si tous les voyages ont été faits en classe économique et de 5,14 t x 40 si tous ont pris la première classe. Et quand on connaît le faible de nos dirigeants pour « les choses qui brillent », peu ont du prendre la classe économique…

A part les histoires liées à cette très forte délégation malgache se posait aussi la question de ce que nous allions demander à la conférence des parties. Des participants comme les Îles du Vanuatu, les Maldives ont posé clairement le problème de leur survie et de leur existence : leurs îles et atolls risquaient de disparaître si rien n’était fait. Nos ambitions malgaches étaient moins évidentes, elles avaient l’air plus pécuniaires… on demande une aide de 42 milliards de dollars sur 15 ans, soit à peu près la moitié de ce qui est demandé aux pays développés pour financer tous les mécanismes de lutte contre le changement climatique. De l’interview d’Ariniaina de notre ministre de l’environnement, il en sort que Madagascar est ressorti satisfait et avec de bons points de cette Cop 21. Mais comment vont se traduire concrètement ces résolutions pour un pays comme Madagascar?

Infographie résultats COP21

Le texte résulte des engagements volontaires des 182 pays participants, il a donc, a priori, plus de chances de fonctionner que les textes des anciens accords qui étaient auparavant imposés au différents pays. Madagascar s’est engagé à réduire de 14% ces émissions de gaz à effet de serre : des mesures strictes seront donc prises pour empêcher les feux de brousse, les déforestations, les trafics de bois de rose, l’utilisation du charbon de bois?

La menace de montée des eaux est l’une des raisons qui a motivé la limitation de l’augmentation de la température mondiale en dessous de 2° C. Est ce que les autorités malgaches vont prendre en compte ce risque dans la mise en place des schémas urbains, dans la délivrance des permis de construire des hôtels et autres infrastructures dans les villes côtières?

Chaque pays participant devrait revoir à la hausse ses contributions tous les 5 ans, Madagascar aura t’elle réalisé quelques travaux, initié des réformes ou accompagné ses paysans et producteurs entretemps ou dans 5 ans, ou on en sera encore dans l’attente de financements internationaux?

Dans tous les cas, ils sont venus, ils ont vu et ils ont applaudi …néanmoins pour sauver nos vies, celles de nos enfants et des générations à venir, il ne faudrait pas tout attendre de l’Etat, des autorités et des bailleurs internationaux, il faut commencer par chacun de nous : faire ces gestes qui évitent le gaspillage, soutenir les associations et organismes qui luttent pour la protection de l’environnement…après tout, on n’a qu’une seule Terre et vivre sur Mars ou toute autre planète ne relève jusqu’à présent que de l’utopie! 😉

 

rubon94

Un pas après l’autre…

Avant de savoir courir, il faut apprendre à marcher dit-on…et pour marcher il faut faire un pas après l’autre.

 

chaînehumaine

#RIPJiro #RIPRano /Jiro = électricité  Rano = eau

Parce que les fournitures de l’eau et de l’électricité deviennent de plus en plus aléatoires à Madagascar, alors que le paiement des factures exorbitantes reste obligatoire, Wake Up Madagascar (dont le but principal est de remettre le citoyen au coeur de la vie nationale) a organisé, le samedi 6 décembre 2014, une chaîne humaine pour réveiller les consciences et demander aux autorités politiques de se pencher sur ce problème. Mais une idée aussi simple que de se prendre la main et de rester debout pour manifester son mécontentement, son désespoir est trop simple pour certaines personnes pour ne pas susciter des questions (théorie du complot quand tu nous tiens!) ou des critiques (théories du yaka = il n’y a qu’à, du si au moins…!).

 

Chaîne humaine

Ce mouvement a d’abord intrigué les autorités. Quelques jours plutôt, elles ont déjà fait savoir qu’aucune manifestation ne sera autorisée et qu’il y aurait des éléments des forces de l’ordre. Promesse tenue : une importante armada est venue ce samedi matin là pour encadrer le mouvement et éviter les débordements…

Puis il a rencontré l’incrédulité d’une certaine partie de l’opinion publique. L’on se demandait si les organisateurs avaient sérieusement envisagé de contester ce problème récurrent et rien que ce problème de délestage et de coupure d’eau, sans arrière pensée politique, sans manoeuvre politicienne. Chat échaudé craignant l’eau froide, la population qui a toujours été manipulée se pose la question de savoir à quelle sauce elle va encore être mangée par des politiciens véreux.

Et enfin, ce mouvement a essayé les critiques des sceptiques (est ce qu’une chaîne humaine va vraiment faire peur aux dirigeants?), les yaka des grands théoriciens (avant de parler de ces coupures, n’y a t’il pas d’autres problèmes prioritaires?), et les commentaires désabusés de certains journalistes.

 

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Face à tant de scepticisme, d’incrédulité, et parfois d’incompréhension, il est peut être temps de rappeler que l’on ne peut avancer qu’en faisant un pas après l’autre. Il est utile de chercher des moyens, certes simples voire simplets selon certains points de vue, pour exprimer son ras-le-bol devant les autorités étatiques sans en venir à la violence. La destruction des biens (des personnes excédées ont fini par attaquer un bureau régional de la compagnie qui est chargée de veiller à la fourniture de l’eau et de l’électricité), les sacrifices humains (dans une affaire où des employés ont demandé une hausse de salaires, la situation a dégénéré et entraîné la mort de plusieurs personnes) n’aboutissent pas à la résolution des problèmes, mais au contraire laissent une situation encore plus difficile à gérer.

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Il est facile de détruire mais malheureusement, la reconstruction, la remise en marche de ce qui était, tardent quand elles ne sont pas juste inexistantes. C’est la raison pour laquelle un mouvement tel qu’initié par Wake Up Madagascar est plus approprié : le citoyen a pu s’exprimer, le message passe, il n’y a pas de casse pour autant. Et certains frémissements constatés dans certaines sphères les jours précédents et le jour même peuvent faire croire que oui, ça valait la peine.

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Il vaut mieux faire un pas après l’autre pour savoir marcher, et pour changer la façon dont le citoyen s’approprie la vie de la Nation, il ne faut pas croire qu’un mouvement violent va tout révolutionner du jour au lendemain, il faut de la patience, des idées, et surtout du courage!

*Mise à jour du 23 décembre 2014* : une manifestation contre le délestage a dégénéré à Tamatave (une ville de la côte est de Madagascar) et a fait un mort, plusieurs blessés et plusieurs casses….

Et vous, êtes-vous engagé dans un mouvement citoyen?

 

Anosy2

*Les photos sont issues de la page Facebook de Wake Up Madagascar, et ont reçu leur autorisation pour illustrer cet article.