Madagascar, le rêve inachevé…

Madagascar restera un rêve…

Photo utilisée avec la très aimable autorisation de Rijasolo dont vous pouvez admirer les portfolios ici

Madagascar restera un rêve, elle ne sera plus « le paradis rêvé des naturalistes »…

Ses forêts primaires sont découpées, ses bois précieux surexploités, ses lémuriens exportés et ses tortues trafiquées. De jour en jour, la déforestation grignote les nuances de vert et une palette de rouges commence à envahir les vastes étendues de l’île. Mais on se plaît toujours à ressasser que Madagascar a une très grande biodiversité, qui pourtant disparaît…

Madagascar restera un rêve, elle n’aura jamais ses millions de touristes…

Les infrastructures hôtelières ne sont pas conformes. Il n’y a pas que les aventuriers qui aiment le bivouac qui voyagent. Il n’y a pas non plus que les super-riches qui peuvent louer des îlots privés qui nous font des visites. Il y a aussi les familles avec enfants, les curieux qui veulent découvrir d’autres horizons mais qui ne veulent pas sacrifier un minimum de confort. L’insécurité et la corruption à tous les niveaux n’attirent pas les touristes. Pour le même prix ils ont, ailleurs, l’avion, l’hôtel, les circuits et surtout la sérénité. Et pourtant on n’arrête pas de s’enorgueillir de la beauté du pays, une beauté éphémère gravée seulement sur des cartes postales et de beaux montages vidéo.

Madagascar restera un rêve, elle ne sera jamais une démocratie…

Tous les bords politiques parlent de démocratie et d’État de droit mais ils oublient à chaque fois et quand ça les arrange que ce sont les élections qui sont la base de toute démocratie. Alors chacun complote, élabore des stratégies pour éviter les élections ou pour les trafiquer. Aucun n’œuvre réellement pour mettre en place des élections libres et sans tricheries.

Madagascar restera un rêve, sa vie politique ne sera jamais renouvelée…

Ce sont toujours les même politiciens qui gouvernent. Aujourd’hui bourreaux, demain ils se diront victimes. Aujourd’hui tyrans et dictateurs, demain ils s’autoproclameront les porte-paroles de la liberté bafouée. Et ce sera toujours le même scénario, le peuple qui souffre et qui verse son sang, le peuple qui perd sa vie pour que le tricheur d’hier, blanchi par quelques années sans pouvoir, redevienne aussi vierge et innocent que l’agneau qui vient de naître aujourd’hui.

Madagascar restera un rêve, elle ne sera jamais le grenier de l’Ocean Indien…

Elle peine à nourrir ses propres enfants et ne se consacre pas à chérir et honorer ses paysans. Elle continuera à importer une grande partie de ce que ses enfants mangent. Et pourtant, on se vante d’avoir de beaux paysages de rivières et des troupeaux de zébus partout sur l’île.

Madagascar restera un rêve, elle restera la Grande Île sombre de l’Ocean Indien…

Elle a du soleil, du vent et sûrement beaucoup de marées, mais elle continue à s’éclairer et à fonctionner au pétrole et au carburant.

Madagascar devient un cauchemar…

Un point d’interrogation pour ses multitudes de jeunes qui se posent des questions sur leur avenir… Un cruel dilemme pour celles et ceux qui veulent revenir après des études et/ou des expériences à l’extérieur… Une amère déception pour celles et ceux qui ont espéré y construire un futur.

Mais Madagascar peut devenir ce rêve et une autre réalité si on œuvrait réellement dans ce sens, si on ne se laissait pas emporter par la cupidité et si on remettait un peu d’honnêteté dans ce qu’on fait… Autant celles et ceux qui ont de l’autorité et du pouvoir que celles et ceux qui se considèrent simple citoyen(ne).

Madagascar connaîtrait une autre réalité si on arrêtait de palabrer, de l’imaginer en rêve et de discuter sur des théories (sur les réseaux sociaux ou ailleurs). Madagascar serait tellement mieux si on ouvrait les yeux en nous mettant au travail et au service du seul pays qu’on nous a donné.

 

Resaka sy kabary be dia be, vina tsy tambo isaina, fanatanterahana tsy misy !
(Beaucoup de discours, pléthore de projets, aucune réalisation concrète !)

Blogueuse sur Mondoblog, et alors ? #MondoChallenge

Depuis que je suis sur Mondoblog, je me sens moins seule…

Moins seule dans mon désir d’écriture et dans mon amour des mots.

Quand on prend la décision de tenir un blog, c’est souvent parce qu’on a ce plaisir d’écrire, de lire et d’avoir des retours de lecteurs qui ne se trouvent pas forcément dans le même pays que nous, ni même sous les mêmes tropiques. Mais ce plaisir est souvent solitaire. On couche nos mots, on lance l’article dans l’océan de la Toile et on attend le(s) commentaire(s) d’éventuels lecteurs. On peut même parfois se demander si c’est bien raisonnable de lancer nos pensées, nos mots comme cela, sans balise, à vue…

En ayant intégré Mondoblog, je me suis sentie moins seule. J’ai trouvé mes compères dans ce vaste monde du blogging. J’ai appris à lire leurs articles, à découvrir leurs différents styles d’écriture mais aussi à sentir cet amour des mots qui anime chacun(e) des mondoblogueurs(euses). J’ai constaté par la suite, en voyant ces blogueurs qui publiaient romans et recueils de poèmes, qu’on pouvait même coucher sur papier, dans un livre, ces mots. Ajouté à tout cela, le fait de les connaître un peu plus qu’à travers les blogs, grâce notamment à la formation Mondoblog à Tanà, est un délice. Comme lorsqu’on intègre un groupe secret au lycée.

Depuis que je suis sur Mondoblog, je me sens moins unique…

Moins unique dans mes préoccupations et problèmes, moins exceptionnelle dans mes réalisations.

Quand on commence à lire et à s’abonner aux articles des uns et des autres, on se rend compte que l’on a à peu près toutes et tous les mêmes préoccupations et les mêmes problèmes. Les histoires et déceptions amoureuses, les attentes et les espoirs. Que l’on soit à Tana, à Montpellier, à Dakar ou ailleurs, nous avons toutes et tous les mêmes questions et attendons les mêmes réponses. Au niveau politique, on remarque qu’on a toutes et tous cette petite flamme : celle qui nous pousse à être acteur du changement (du moins virtuellement).

Si je n’avais pas eu un blog, j’aurai sûrement pris une machine à écrire – Pixabay

Depuis que je suis sur Mondoblog, je me pose de sérieuses questions sur ce que je fais et sur l’impact réel que j’ai sur la vie des autres… sur le monde (oui oui). Il y a une telle diversité de talents, de projets que l’on se remet constamment en question et que l’on est dans l’admiration sans pour autant sombrer dans l’envie ni la jalousie.

Pour conclure, depuis que je suis sur Mondoblog, je vis une aventure que je n’aurai jamais pu vivre autrement. Je rencontre des jeunes du monde entier avec qui je suis souvent en contact. Je vis pleinement la mondialisation.

Mais même si je suis sur Mondoblog, je n’ai pas changé pour autant.

J’ai du mal quand on corrige mes articles et quand on change mes mots. Je n’ai pas toujours saisi le moyen le plus efficace de tourner les feux rouges en feux verts dans l’analyse SEO. J’ai toujours un pincement quand mon article n’est pas à la une. J’ai depuis longtemps le projet de rafraîchir le blog et de lui donner un nouveau souffle, mais cela n’arrive jamais. Et même sur Mondoblog, je me pose toujours des questions existentielles sur ma qualité d’écriture quand mes articles ne sont ni partagés ni commentés.

Cet article a été publié dans le cadre du #Mondochallenge du moment sur le sujet « Depuis que je suis sur Mondoblog… », vous pouvez apprécier ceux des deux autres mondoblogueuses qui ont accepté de relever le challenge :

Ce matin-là, dans la Ville-Lumière…

Elle posa une journée de congés… «Tu as bien raison», lui disaient ses collègues, «cela te fera une bonne coupure à côté de cette montagne de travail.» Mais ils ne savaient rien. Ils ne pouvaient imaginer l’Himalaya qu’elle devait affronter, année après année à la même période, quand les matins étaient frais et sombres.
Elle prépara ses affaires la veille, se coucha encore plus tôt que d’habitude parce que, d’après les infos, cela empirait : arriver tôt, c’est-à-dire avant 7h, ne suffisait plus. Elle refusa pourtant d’y passer la nuit. Après tout, elle s’acquittait avec devoir de tous ses impôts et toutes les taxes et cotisations sociales étaient prélevées sur son salaire, comme pour tout le monde.
Quelques heures seulement après avoir fermé les yeux, elle les rouvrit. Elle se prépara rapidement parce que les places étaient rares et chères. Elle ne prit pas de petit-déjeuner consistant : ce n’était pas un matin comme les autres. Il fallait prendre toutes les précautions et éviter de se mettre dans une position inconfortable.

Elle sortit dans la rue et trouva cette ville, si bruyante et vivante le jour, endormie et vide en cette fin de nuit. Cela lui aurait paru magique en temps normal, mais ce n’était pas un jour comme les autres. Seules les personnes concernées sortaient à cette heure du jour pour aller là où elle allait. À cette heure-ci, les transports en commun de jour ne circulaient pas encore et ceux de la nuit finissaient leur travail. Elle fit donc le trajet à pied parce que malgré tout, il fallait arriver tôt.

Elle vit pointer de loin le bâtiment et espéra secrètement que ces échos dans la presse n’étaient que des rumeurs ou que les autres n’avaient pas eu le courage de se lever aussi tôt. Espoir aussitôt envolé quand elle commença à distinguer des silhouettes debout, assises, seules, en groupe, toutes devant ces portes fermées. On distingua des gens qui dormaient par terre, dans des sacs de couchage, en rang… comme s’ils étaient en vacances ou en randonnée et avaient décidé de camper à la belle étoile. Certains avaient apporté des chaises pliables, en osier, ou des chaises de jardin. Toute sorte de chaise qui pouvait servir à alléger l’attente. Un groupe de personnes bourdonnait autour d’une femme assise, le bonnet vissé, bien emmitouflée: elle faisait office de distributeur de boissons chaudes et de tartines. Des individus, semblables aux commerciaux dans les magasins, évaluèrent la nouvelle venue mais, bien vite, s’en désintéressèrent : ils ne lui firent pas LA proposition, celle qui rendait effective et réelle l’expression « les places sont chères ».

Elle détourna pudiquement les yeux et essaya de se convaincre qu’elle n’était pas comme eux, comme ceux qui s’accommodaient et/ou profitaient de cette situation kafkaïenne. Elle chercha le bout de cette queue, de cette file où des destins si semblables et si différents se joignaient. Et elle ne pût s’empêcher de penser que ces gens devaient se serrer un peu plus dans les rangs : une place vide, un rang non compact c’est autant de possibilités pour les resquilleurs et ceux qui ne se s’étaient pas réveillés tôt de prendre des places.

Après deux heures, l’attente se fit plus difficile. Les paupières commencèrent à se refaire lourdes, le ventre à gargouiller, les jambes et le dos à être raides. Les formes qu’elle avait distingué en arrivant prirent des apparences et des visages humains. La jeune fille derrière elle se balançait doucement sans s’arrêter, elle chantait. Le jeune homme, à côté, les casques vissés aux oreilles écoutait de la musique tout en tapotant frénétiquement sur son ordinateur portable. Il semblait vouloir terminer de rédiger un rapport. Un vieux couple se relayait pour profiter de la chaise pliante qu’ils avaient apportée.

L’air ambiant commença à devenir plus froid et plus humide. Le jour se leva petit à petit. Certains automobilistes eurent l’air étonnés de voir cet attroupement. Les piétons ne jetaient même plus un coup d’œil, ils semblaient habitués à cette situation. Puis, il commença à crachiner. Tout ce monde chercha à s’abriter sous le court paravent qui ne pouvait guère abriter plus du tiers des gens qui étaient là à l’aube.

Maintenant qu’il faisait complètement jour, une agitation commença à atteindre les rangs. Les sacs de couchage furent remballés, les chaises repliées, la file resserrée. Chacun reprit sa place dans les rangs. Des ordres furent aboyés quelque part et d’un coup, les rangs se firent encore plus compacts et une certaine tension gagna chacune et chacun. Ça y est, la file bougea lentement. On passa devant le « campement » de ceux qui étaient couchés plus tôt. D’autres ordres furent aboyés, des éclats de voix s’amplifièrent ici et là. Il a fallu entrer par groupes, des jeunes du Service civique firent le tri. Un tri qui pouvait décider de la suite. Cette première queue finie, une autre se forma à l’intérieur. Encore des ordres aboyés, toujours l’attente. Quand arriva son tour, elle formula sa demande en espérant qu’à cette énième étape de tri on ne lui adressa une réponse négative. On lui donna un ticket. Encore l’attente, des bips électroniques, des murmures. Quand enfin elle fut appelée, cela ne dura que quelques minutes. Elle fut soulagée et repartit, son précieux sésame annuel dans le sac : le renouvellement de son titre de séjour en France.

En retournant se coucher, après cette courte nuit et cette épuisante matinée, elle se demanda comment étaient traités celles et ceux qui étaient moins bien lotis et qui cherchaient ici un avenir ou un refuge…

Et elle se promit de trouver une solution pour que, d’une manière ou d’une autre, elle n’ait plus à sortir de chez elle, au milieu de la nuit, pour faire la queue devant la préfecture de ce pays de la liberté, de l’égalité et de la fraternité.

 

En ce moment, on parle beaucoup de chiffres et de statistiques, on adopte des discours et des postures, on agite des épouvantails. Mais on oublie souvent l’Homme et son histoire derrière chaque dossier et on oublie que nous sommes tous l’étranger de quelqu’un.