Ne pas oublier de mettre les zébus avant la charrue…

Article : Ne pas oublier de mettre les zébus avant la charrue…
24 octobre 2014

Ne pas oublier de mettre les zébus avant la charrue…

S’il est une image que les décideurs, et les autorités malgaches devraient avoir dans leur bureau et admirer avant de prendre toute décision, c’est bien celle-ci.

[*Minute pub* C’est une photo gentiment empruntée à Robbin Roberson, il est photographe et vous pourrez admirer ses oeuvres en intégralité en cliquant ici.]

Non pas que gouverner soit facile ni que redresser un pays qui a été plongé dans des crises politiques cycliques soit un jeu d’enfant, loin de là… Mais plusieurs décisions prises récemment par notre nouveau gouvernement laissent souvent perplexe et l’on en vient à se poser les questions suivantes : où on va? (y a t-il un chemin tracé?) est-ce pour le bien du Malgache?(et non pour les poches et comptes en banque des dirigeants?) est-ce la priorité et l’urgent? (ne mettent-ils pas finalement la charrette avant les zébus?)

Le chemin est t-il tracé? On n’est pas vraiment sûr… le plan national de développement, celui qui était censé nous sortir de la situation précaire et instable où on était, ne sera présenté que près de 10 mois après l’investiture officielle du nouveau président…

Est-ce pour le bien du Malgache? …ces derniers temps nous figurons presque bons derniers dans tous les classements (pour atteindre les objectifs du Millénaire…pour éradiquer la corruption…). Mais quand on voit ce que la classe politique se permet, on se demande si on vit sur la même planète qu’elle, et on se demande, avec désespoir parfois, si ce qu’ils ont décidé est vraiment la priorité.

1. On veut avoir la TNT…même si la fourniture de l’électricité laisse de plus en plus à désirer. 

La Jirama, compagnie nationale chargée de l’eau et de l’électricité, a le monopole de fourniture de celles-ci, mais failli dans l’accomplissement de ce service public. Les factures doivent être régulièrement payées, même si le délestage (à savoir la coupure de l’électricité) devient de plus en plus régulier, si ce n’est déjà le quotidien d’une grande majorité de Malgaches, même si certains continuent de positiver sur la situation. Et donc, la fourniture d’électricité n’est pas stable et assurée pour tous les jours, mais un illuminé a trouvé que ce serait bien si Madagascar entrait dans l’ère de la télévision numérique, à savoir la TNT… Non, je ne suis pas vraiment antitechnologie et si on devait passer à l’ère numérique, allons-y! … Mais… rien que la mise en place de ce nouveau réseau numérique demande des investissements assez importants, dans l’ordre des 180 millions de dollars selon un quotidien sur place, sans compter qu’il faudrait réaliser d’autres investissements pour que les foyers puissent capter les chaînes de la TNT, pour que les chaînes traditionnelles se convertissent. Autant dire beaucoup beaucoup d’investissements, pour une télévision qu’on n’est même pas sûr de pouvoir regarder, pour cause de délestage. Ou bien on n’aura plus besoin d’électricité quand la télé sera TNT?

2. On équipe les établissements publics d’enseignement de tablettes numériques…même si la situation générale de l’enseignement se dégrade de jour en jour.

Le ministère de l’Education nationale a trouvé l’idée géniale de fournir des tablettes numériques aux lycées publics. Attention, il ne s’agit pas ici pour chaque lycéen malgache d’avoir une tablette pour apprendre les cours et assimiler les exercices, comme cela se fait de plus en plus sous d’autres cieux. Ici, 50 tablettes ont été distribuées pour 50 lycées dans toute l’Île (soit 1 tablette/lycée… ça laisse songeur, hein?!) Quand on voit que dans certaines communes, les élèves n’ont même pas de salle pour étudier tranquillement, on se demande si le budget mobilisé par l’acquisition de ces tablettes n’aurait pas été mieux affecté dans la rénovation, l’élargissement, l’amélioration de l’existant. D’une part, il y a les élèves qui n’ont pas de salle, et d’autre part, la situation des enseignants qui se dégrade… Les 50 tablettes étaient-elles vraiment nécessaires ?

3. On installe des facultés de médecine dans chaque université… même si les professeurs au niveau de l’unique faculté de médecine sont tous presque émérites. 

Lorsque j’ai assisté à la soutenance de thèse de médecine d’une de mes meilleures amies, j’ai été surprise que trois des professeurs de médecine qui étaient dans son jury l’étaient déjà dans celui de ma tante (et entre les 2 soutenances, il y a eu des années!) Et j’ai remarqué que finalement, ce sont presque toujours les mêmes têtes qui occupent les mêmes fonctions dans cette faculté. Alors, il n’y a donc vraiment aucune relève? Toujours est-il que c’est à se demander comment ils vont pourvoir toutes ces universités des professeurs qualifiés pour assurer les cours, ou bien on aura les mêmes…plus proches de la retraite que du début de carrière… pour tout le monde?

La critique est facile, et l’art difficile, mais dans certains cas, on se demande si les dirigeants savent vraiment distinguer l’urgent du prioritaire… l’utile des fioritures…le nécessaire des paillettes… ils ont oublié que pour que la charrue puisse avancer, il fallait d’abord mettre les zébus!

 

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