Quand c’est bon… c’est malgache !

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Nous sommes un peuple qui connaissons très peu, ou seulement dans ses grandes lignes, son histoire. On semble errer ici et là, comme un peuple sans référence ni repère. Ce manque de repère historique semble nous pousser à nous raccrocher à tout ce qui, de près ou de loin, peut expliquer nos origines ou constituer un élément de notre histoire actuelle ou passée.

Je voulais parler ici de cette tendance qu’on a à vouloir à tout prix trouver des origines malgaches ou à bombarder de « malgache » toutes ces personnes qui ont réussi et qui ont un nom ou un prénom à connotation malgache, ou d’autres qui ont réussi et qui ont une ressemblance physique plus ou moins vague à un malgache (comme si le visage du malgache était unique).

La dernière expression en date est de dire que le regretté, le grand boxeur, Mohamed Ali avait des origines malgaches. Ces arrières grands-parents seraient malgaches. L’hypothèse, je ne l’ai pas explorée, est fort probable vu que, selon plusieurs documents, la traite d’esclave vers les États-Unis est aussi passée par Madagascar. Néanmoins, le fait que de son vivant, le boxeur soit allé plusieurs fois en Afrique (en 1964 au Ghana, Nigeria et en Egypte mais aussi à Kinshasa pour le « Combat du siècle » en 1974) et pas une seule fois à Madagascar me fait douter, surtout que ce serait sa tante qui aurait déclaré cette origine malgache. Elle n’aurait donc pas aiguillé son neveu de suite vers Madagascar ?!

Pendant la Coupe du monde de 1998, c’était Thierry Henry, le footballeur français qui était considéré comme un malgache. Il aurait été un « jumeau de Mananjary« . Mananjary est une ville du Sud Est de Madagascar. Dans cette partie de l’Île, il est tabou d’avoir des jumeaux. Ceux-ci sont considérés comme ayant des pouvoirs tels qu’ils ne peuvent qu’attirer le malheur pour la famille et leurs parents. Quand c’est le cas, on doit les séparer pour briser ce pouvoir. Ainsi, Thierry Henry serait né jumeaux et aurait été mis à l’adoption à cause de cette croyance.

Il est indéniable que d’autres personnalités ont des origines malgaches. Il n’y a qu’à prendre l’exemple d’Andy Razaf, connu comme compositeur, poète américain, et jazz-man. Selon Wikipédia, il serait le petit neveu de la Reine Ranavalona III : sa mère a fui le pays quand les Français sont venus en 1896. Ils s’étaient donc réfugiés aux Etats-Unis.

Il y a plusieurs autres exemples, mais le problème se pose quand la personne a juste hérité du nom de son père mais ne se sent nullement malgache, n’y a jamais mis les pieds et n’a jamais revendiqué son appartenance à Madagascar. Mais le réflexe est tel que dès qu’il y en a qui trouve un « RA » ou un « Andr » dans un nom, on décrète que c’est un malgache. Or, comme on sait, le nom des malgaches ne commence pas toujours forcément par Ra ou Andr… C’est le cas souvent lors des compétitions internationales. Ainsi, par exemple, lorsqu’en 2014, une athlète de l’équipe nationale française a gagné la Coupe d’Europe avec le relais français au 4 x 400, une partie des malgaches étaient fiers juste parce qu’elle portait un nom malgache. C’était aussi le cas pour cette jeune joueuse de tennis qui a participé aux matchs qualificatifs de Roland-Garros en 2015 ainsi que cette année.

A contrario, certaines communautés ayant vécu depuis plusieurs décennies voire presque un demi-siècle à Madagascar n’ont jamais été considérées comme des malgaches. Bien que toute la famille soit de Madagascar, ils n’ont jamais été considérés comme malgaches. Du coup, lorsque Forbes Africa a sorti sa liste de riches entrepreneurs, il n’y a pas tellement eu cette fierté, et certains ont même sorti des remarques comme « ce sont des karana mais pas des malgaches ». Il en est de même lorsque les Panama Papers sont sortis. Sur la liste des personnes prises dans ce dossier, il y avait une personne avec un nom bien malgache. Curieusement, personne n’a rien dit ni ne s’est vanté dans l’histoire. En revanche, plusieurs autres noms ont provoqué un tollé… puisqu’on vous dit que ce sont les karana qui sont à l’origine de nos maux!

Pour en finir avec ces « problèmes d’identité », je pense qu’en amont, les historiens malgaches devraient s’employer à travailler sur notre histoire et nos origines en se basant sur des faits scientifiques. Je dis ça, parce qu’en ce moment, la nouvelle lubie de certains malgaches est de revendiquer des origines juives à notre peuple. Et qu’en aval, on devrait enseigner cette histoire, dans tous ses détails, à nos compatriotes, grands comme petits.

Tout le monde devrait savoir les liens historiques et géographiques qui nous lient à l’Afrique et à l’Asie, les traites d’esclaves à l’intérieur du pays comme à l’extérieur, les puissances des différents royaumes de Madagascar, les différents pays dans lesquels Madagascar avait ses premières ambassades au temps du Royaume Merina, pourquoi les communautés indo-pakistanaises et chinoises sont venus s’établir à Madagascar…

Comme le disait Marcus Garvey, « un peuple qui ne connaît pas son passé, ses origines et sa culture ressemble à un arbre sans racines ».

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Ianjatiana
De Madagascar, d'ici et d'ailleurs. La lecture et l'écriture me passionnent, tout autant que la photographie et le cinéma. Je suis une éternelle curieuse.

Une réflexion au sujet de « Quand c’est bon… c’est malgache ! »

  1. kevin dit :

    je ne sais pas ce que tu fume mais j’avoue ça doit vraiment être de la bonne ! titi est a grandi en France avec pleins de jeune Français dans la cité

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